Nous commençons la série des interviews des acteurs du bâtiment par Frédéric Adam du Plateau Circulaire. 

Présentez-vous et parler nous de votre société.

Le Plateau Circulaire est une entreprise de l’ESS spécialisée dans le réemploi des matériaux du bâtiment. Nous opérons une plateforme située à Caen (Normandie) permettant de stocker et de remettre en état les matériaux issus des chantiers de démolition.

L’économie circulaire est un axe majeur de développement de la construction. Qu’est-ce qui vous a convaincu de vous engager pour le développement de l’économie circulaire ?
Après avoir travaillé une quinzaine d’années dans le bâtiment, le constat est simple : le BTP est un secteur majeur en termes d’impact environnemental (consommation de matière première, production de déchets, émission de CO2). Le réemploi s’est vite imposé comme une solution à fort levier, mais nécessitant d’investir dans les moyens techniques (stockage, remise en état) pour créer et développer la filière. L’économie circulaire permet également de relocaliser une partie de l’économie de la construction au travers la production de matériaux, qui est aujourd’hui en majorité basée sur l’importation de matières premières et de produits manufacturés. Le réemploi est donc également un levier économique et social au bénéfice des territoires : on remplace l’importation de matière première par de la main d’œuvre locale. 


Pouvez-vous nous parler de vos actions en faveur de cette transition ?

Notre principale action est l’investissement dans la filière de réemploi à destination du bâtiment (matériaux ciblés = second œuvre : appareils sanitaires, radiateurs, blocs portes, bois…). Cet outil permet de faire le lien entre les producteurs de déchets (que l’on transforme en ressources !) et les consommateurs de matériaux. En levant les freins du stockage et de la maîtrise de la qualité des matériaux, nous espérons massifier les pratiques de réemploi dans le bâtiment. Nous sommes également attachés à la création d’emploi sur le territoire, avec un travail en direction des personnes éloignées de l’emploi.

Qu’est ce qui permettrait d’accélérer le passage à l’économie circulaire ?

La formation des acteurs de la construction (maîtres d’ouvrages, architectes, bureaux d’études, entreprises) pour intégrer les pratiques des réemplois dans projets et les marchés de travaux. La réglementation RE 2020 qui pousse à une construction à base de matériaux bas carbone est un levier intéressant. La REP PEMB, qui n’inclura malheureusement pas le réemploi dans sa première version, sera un pilier de la transformation des filières.

 

Pour vous, quelles sont les priorités à développer ?

Les normes et règles de construction ne sont pas adaptées au réemploi, l’intégration du réemploi dans la réglementation et les normes matériaux permettra de lever de nombreux freins techniques pour l’intégration des matériaux de réemploi dans les constructions. Cette démarche doit être initiée rapidement et de manière collective car elle prendra du temps (nécessité de retour d’expérience pour la garantie décennale).

 

Voulez-vous nous parler d’actualités sur l’économie circulaire en lien avec votre travail ?

Le Plateau Circulaire a bouclé son plan de financement et investi (environ 600 k€) dans sa plateforme de réemploi. Objectif : une plateforme de 1000 m² opérationnelle fin 2022 avec une capacité de stockage et des ateliers bois et métal pour la remise en état des matériaux.

 

Pour vous, quelle place doit avoir le diagnostic PEMD dans le développement de l’économie circulaire ? Quels bénéfices attendre de sa numérisation ?

Le diagnostic PEMD est la première pierre d’une bonne démarche de réemploi. Sa réalisation qualitative est déterminante pour engager une démarche de réemploi. Il est important que les informations techniques concernant les matériaux soient collectées dès cette étape (produit, marque, caractéristiques, état, mode de pose, quantitatif précis…). Sans ce niveau de détail l’étape suivante d’analyse de faisabilité d’une opération de réemploi ne peut être menée sans investigations complémentaires. 

La numérisation du diagnostic PEMD doit pouvoir permettre une diffusion facilitée des données matériaux pour permettre son réemploi (diffusion aux potentiels repreneurs, dépôt d’annonce sur les plateformes…). Il doit permettre également de fiabiliser la collecte de données (par exemple avec une base de données/nomenclature bien structurée et partagée par tous les acteurs) et enfin de gagner du temps sur la réalisation du diagnostic (calculs et bilans automatisés).

 

Avez-vous d’autres points que vous voulez aborder ? des sujets dont vous voulez nous faire part ?

Nous avons lancé notre financement participatif, il se termine le 31 juillet, n’hésitez pas à partager ! https://fr.ulule.com/le-plateau-circulaire/